Partage

Partage

Définition et étymologie

Dès 1283, le partage signifie «la division d’un élément en plusieurs portions en vue d’une distribution». Cette définition évoluera au fil des siècles tout en gardant cette même toile de fond : en 1558, elle devient l’action «d’avoir part à quelque chose conjointement avec quelqu’un2» ; en 1572, elle réfère à la division des opinions et au partage d’informations, faire le partage de. Puis en 1690, cette dernière prend une tournure plus administrative puisqu’elle devient un «acte écrit où est consignée la division d’une succession».

Pour de nombreuses disciplines, le partage comprend certaines nuances : en droit, le partage est une «opération qui met fin à une in- division, en substituant aux droit individuels sur l’ensemble des biens, une pluralité de droits privatifs sur des biens déterminés» ; en mathématiques, il réfère à la «fragmentation d’une grandeur en parties plus petites» et enfin, en littérature, c’est une «part qui revient à quelqu’un, qui est attribuée à quelqu’un par la nature ou le hasard». Partager, c’est aussi, au sens figuré l’acte de s’associer en pensée à quelqu’un ou quelque chose ; de s’intéresser aux autres, de transmettre. C’est aussi ressentir du commun.

Apports théoriques

Étienne Autant nous donne deux pistes de réflexion concernant le partage : «Il est possible aussi de « partager avec » lorsque celui qui partage transmet à quelqu’un d’autre, non pas un bien (au sens le plus large) qui lui vient d’autrui, mais une part de ce qu’il possède». Selon lui, «partage» peut se comprendre et s’appréhender selon un autre point de vue : «le fait d’avoir ou de faire en commun quelque chose avec quelqu’un. Dans ce cas, on ne transmet plus quelque chose à d’autres, mais on participe (on prend part) à une réalité commune».

En outre, Jacques Rancière donne sa définition du «partage du sensible» qui selon lui, est «fixe donc en même temps un commun partagé et des parts exclusives. Cette répartition des parts et des places se fonde sur un partage des espaces, des temps et des formes d’activité qui détermine la manière même dont un commun se prête à participation et dont les uns et les autres ont part à ce partage».

Focus sur les Trans Musicales

Ici, la définition de partage telle qu’on l’entend par rapport aux Trans Musicales, diffère des définitions classiques propres au droit, aux mathématiques ou à la littérature. Dans notre cas, le mot a été évoqué et convoqué bien des fois en ce qu’il représente l’expérience du festival à travers notre travail. Après cette expérience aux Trans Musicales, l’idée de partage peut sembler intrinsèque au concert. Un concert, c’est faire une performance live, sur le moment, avec une interaction plus ou moins forte, source de partage et d’échange. La notion de partage peut aussi être vue par la mise en commun et la discussion des goûts musicaux. En effet, cela peut être une motivation pour se rendre aux concerts, qui sera la source de découverte d’artistes ou de rencontres.

L’avis de Benjamin Dubreuil sur «partage» et Trans Musicales, lors de la table ronde du 7 décembre 2019 : «Et toi la musique, tu en écoutes ? Et toi aussi, et vous écoutez quoi ? La même chose, peut-être pas». Ici, nous comprenons tout l’enjeu qui se cache derrière le partage pendant un festival de musiques actuelles. Il va plus loin en expliquant l’intérêt de pouvoir se faire écouter des musiques pendant le festival et de donner envie. Il parle également de l’atelier son mis en place pendant le Festival qui a été une très bonne surprise selon lui : «Et c’est tout simple, et on commence à partager quelque chose, et puis on a expérimenté un espace avec des petites machines numériques et analogiques. Juste un micro qui permet de modifier sa voix, un rythme, des choses toutes simples». Alors, le fait d’être rassemblé autour d’une pratique commune permet de mettre en commun et d’échanger.

Enfin, pour Camille Royon, chargée d’action culturelle aux Trans Musicales interrogée à propos des Parcours avec les Trans : «l’importance dans l’expérience esthétique c’est le partage».

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BEAUMANOIR Philippe, Coutumes de Beauvaisis, éd. A. Salmon,
SAINT-GELAIS Mellin, Œuvres, éd. P. Blanchemain
AUTANT Étienne, Le partage : un nouveau paradigme ? Revue du MAUSS, vol. 35, no. 1, 2010
RANCIÈRE Jacques, Dir. Le partage du sensible. Esthétique et politique, La Fabrique Éditions, 2000

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