Cadre

Cadre

Définition et étymologie

Issu du mot latin quadrum («carré») puis quadre en français. Il renvoie à la « bordure entourant un tableau, une glace, etc.». Par extension, le mot cadre amène à l’idée dominante d’une délimitation, de limites assignées à un sujet, à une matière ou à un pouvoir. En ce sens, un cadre fait partie intégrante d’un environnement où le sujet ou l’objet se trouve et peut évoluer à l’intérieur et dont la présence hors de ces limites sonnerait comme illégitime, malaise, imperfection ou bien une libération, un changement d’état ou de perception.

Apports théoriques

Dans l’ouvrage Les Cadres de l’expérience, Erving Goffman étudie l’organisation sociale des individus. Toutes expériences, toutes activités sociale se prêtent à plusieurs cadres. Ces derniers entretiennent des rapports les uns avec les autres. Ces cadres orientent les perceptions, permettent aux individus d’accorder du sens, une signification à un événement et ainsi adopter une conduite adéquate. Ils sont fonctions des interactions sociales entre les individus. En général, ils sont partagés par toutes les personnes présentes, de manière implicite. Les cadres primaires sont ceux qui ne renvoient à aucun autre : « Est primaire un cadre qui nous permet, dans une situation donnée, d’accorder un sens à tel ou tel de ses aspects, lequel autre- ment serait dépourvu de signification ».

Erving Goffman en dégage deux grandes classes : les cadres naturels sont ceux qui permettent l’identification de situation dont l’apparition est provoquée et orientée par l’action de forces, de lois de la nature. Les cadres sociaux sont ceux relevant de l’activité humaine, ils varient d’un groupe social à un autre et impliquent un ensemble de règles et de normes à respecter.

Les cadres primaires se distinguent des cadres transformés. Ces derniers se réfèrent à une réalité préalable, celle des cadres primaires, pourtant ils ont une toute autre signification aux yeux des individus. Pour illustrer ces notions, un groupe de musique qui répète en préparation d’un concert est un événement qui se repose sur un cadre transformé, lui-même se référant à un cadre primaire : la représentation devant des publics. Le cadre primaire agit alors comme un modèle aux cadres transformés. Nous dirons d’un cadre transformé, qu’il est une modélisation quand cette transformation se réalise ouvertement et est connu de tous. Dans le cas contraire le cadre est définie comme une fabrication qui résulte « des efforts délibérés, individuels ou collectifs, destinés à désorienter l’activité d’un individu et qui vont jusqu’à fausser leurs convictions sur le cours des choses » et n’est pas considéré comme une activité franche selon l’auteur. Ces cadres peuvent alors se superposer, de modélisation à fabrication et se développer sur plusieurs degrés.

Focus sur les Trans Musicales

Les Trans Musicales sont un cadre en soi, créé par l’intention des organisateurs. Il est décors, scénographie, programmation et dispositifs présents dans les espaces et les temps du festival formant ainsi un cadre primaire modélisé. Les festivaliers, dans toute la diversité qu’ils peuvent représenter, forment ainsi une juxtaposition de cadres sociaux, aux interprétations, à la réception et aux vécus différents. Ils évoluent ainsi dans le modèle proposé par les Trans Musicales et dont le premier «stigmate» de ce pas- sage en ce cadre est l’appellation «festivalier». Le festivalier aura bien évidemment conscience de ce changement, l’une d’entre elle explique en entretien : «Ce que je trouve c’est que la structure qui nous accueille est vraiment bien organisée, j’apprécie qu’il y ait de la verdure, beau- coup de plantes, des belles plantes. Des cadres bien délimités, et joliment délimités aussi pour voilà, chacun qui fait ce qu’il a à faire». Ainsi, le cadre primaire que propose les Trans Musicales révélerait d’un événement extraordinaire qui jouera un rôle primordial dans l’expérience festivalière.

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Centre national de ressources textuelles et lexicales
RABELAIS, La Sciomachie, éd. Marty-Laveaux, t. 3, p. 401
GOFFMAN Erving, Les Cadres de l’expérience (1974), Les éditions de Minuit, « Le sens commun », Paris, 1991.
Entretien avec Christine du CDAS (Centre Départemental d’Actions Sociales) réalisé lors de l’édition 2019 des Trans Musicales.

 
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