Déambulation

Déambulation

Définition et étymologie

Mot emprunté au latin «deambulatio» signifiant «promenade», il est apparu en 1492 dans l’article «Chirurgie» de Presse médicale de Saucet. Substantif féminin, il renvoie à l’action de déambuler, de marcher selon sa fantaisie sans but précis. Ce mot a effectivement un usage particulier dans les domaines médicaux et psychologiques, désignant la propension de certains déséquilibrés mentaux à marcher ou à errer sans arrêt. Au niveau de la proxémie ce terme, appartenant au champ lexical de l’idée de se déplacer, est en liaison directe avec les mots comme «tour», «promenade», «va-et- vient», «marche», «flânerie».

Apports théoriques

La déambulation est une pratique abordée par de nombreux sociologues et urbanistes, chaque fois mise en valeur selon différents angles. La déambulation peut être un outil, comme un fin. Remise au goût du jour par les Dadaïstes qui y voyaient l’outil parfait pour étudier les changements sociétaux, par des changements architecturaux. La déambulation est comparable, selon Guy Debord, à une rêverie avec un but. Être témoin des modifications urbaines, et donc sociales. Il définit la déambulation comme un comportement profondément urbain : «un mode de comportement expérimental lié aux conditions de la société urbaine : techniques de passage hâtif à travers des ambiances variées.»

C’est en accord avec la vision d’Henry Lefebvre, qui défend l’importance de la déambulation régulière, pour s’approprier des espaces, et activer une conscience des modifications urbaines constante chez les citoyens. Devenir acteur de son espace. Chaque déambulation devient alors une redéfinition unique et personnel des espaces publics. Pour David Le Breton, marcher dans le monde contemporain symbolise une forme de résistance. «Les marcheurs sont des individus singuliers qui acceptent des heures ou des jours de sortir pour s’aventurer corporellement dans la nudité du monde.». Le monde est alors observé de la manière la plus naturelle qui soit, par la marche. Et celui-ci se montre naturel, vrai, face au piéton qui l’observe. L’école péripatéticienne d’Aristote est un exemple de l’importance de la marche pour la réflexion sur le monde qui nous entoure. Aristote donnait cours aux jeunes étudiants en déambulant dans les rues, ou sur des chemins de promenades.

Focus sur les Trans Musicales

La déambulation sur le festival renvoie à un cheminement en tâtonnant aléatoirement, en découvrant ce qui est inconnu. Le dispositif du Parcours avec les Trans met particulièrement l’accent sur ce cheminement de découverte. Chaque année, les groupes issus des différentes structures visitent les lieux du festival. Ces déplacements, au lieu de se limiter à un but précis, encouragent avant tout à parcourir pour expérimenter et pour rencontrer, d’où le sens de la déambulation.

Ce concept cher aux Trans Musicales se concrétise par la Trans Music Maps. La cartographie du festival indique les artistes et les groupes programmés avec une brève description de leur musique et le lieu de leur concert. Cela renforce davantage l’idée de déambulation : découvrir le programme, c’est déambuler dans l’univers musical des artistes. L’atelier participatif Au Fil d’un Parcours dans le cadre des Rencontres et Débats avait aussi pour objectif de revenir sur les déambulations festivalières, et de rendre compte de leurs découvertes, de leur appropriation des espaces. Gilles Deleuze parlait de l’importance de la cartographie dans l’écriture : «Écrire n’a rien à voir avec signifier, mais avec arpenter, cartographier, même des contrées à venir». Il nous permet de nous rendre compte de l’importance de nos déplacements, pensés ou rêvés.

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Centre national de ressources textuelles et lexicales.
DEBORD Guy, Rapport sur la construction des situations, Ed. Mille et une nuits, 1957.
LE BRETON David, Eloge de la Marche, Ed. Métailié, 2000.
DELEUZE Gilles & GUATTARI Félix, Capitalisme et schizophrénie 2 : Mille plateaux, Ed. Les éditions de minuit, 1980.

 
 
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