[CRITIQUE] Tunnel de Kim Seong-hun

[CRITIQUE] Tunnel de Kim Seong-hun

Réalisateur : Kim Seong-hun

Interprètes : Ha Jung-woo, Doona Bae, Dal-Su Oh

Distributeur : VERSION ORIGINALE – CONDOR

Sortie nationale : 03/05/2017

Genre : DRAME, THRILLER

 

 

« Tunnel » est un film qui tient en haleine. Alors qu’il rentre retrouver sa famille, Lee yen Suoh est accidentellement enseveli sous un tunnel, au volant de sa voiture. Le pays tout entier se mobilise et s’intéresse à cet homme avalé par la montagne, les médias s’emparent de l’histoire et le personnage principal vacille entre héros-survivant de la nation et souffre-douleur du pays.

Après la sortie de « Hard Day » en 2014, Kim Seong-hun revient avec un nouveau long-métrage qui a déjà séduit plus de 7 millions de spectateurs en Corée. Si dans « Hard Day » il s’agissait surtout d’une critique de la police coréenne corrompue, dans « Tunnel » l’analyse porte davantage sur les hommes politiques et leur capacité à récupérer les tragédies pour en faire des scoops. À travers son film, le réalisateur dénonce également les empires industriels dominant l’ensemble de la Corée. Comment sauver la vie d’un homme quand l’argent et le pouvoir s’entremêlent ? Tout est question d’image et de manipulation. Une manière intelligente de dénoncer la corruption inhérente à la Corée du Sud depuis de nombreuses années.

On retrouve ici la question de l’identité coréenne, avec un film très proche de la réalité et dans lequel le public peut se projeter en tant que citoyen. Lee Jung-soo, le personnage principal interprété par Ha Jung-woo, représente un homme lambda qui mène une vie banale.

Bien qu’il soit catégorisé comme un drame, le film reste dans le genre du divertissement, si cher à Kim Seong-hun. Nous avons été étonnés de la qualité et de la finesse des dialogues, un humour subtil soulignant les frasques et les dangers de la société coréenne. En riant au nez des personnages, sans pourtant jamais tomber dans la moquerie, il montre l’imperfection et l’incompétence des sauveteurs et de la presse. La scène la plus marquante est sans doute celle où un groupe de journalistes envoient une armée de drones dans le tunnel pour suivre ce qu’il se passe et obtenir le moindre scoop. Ce moment, parmi tant d’autres, montre le ridicule de la situation : tandis que les politiques ne se préoccupent que de l’aspect financier et que les médias rêvent de battre un record du monde, la vie d’un homme est en jeu, mais seuls sa femme et le sauveteur en chef semblent être horrifiés par la situation.

Autant dire que les deux heures de film ne manquent ni de suspens, ni de frissons. Il y a une tension permanente liée à la question de survie, qui tient le spectateur en haleine avant de relâcher soudainement la pression. Happés par l’histoire, on a comme l’impression qu’on joue avec nos nerfs, surtout lorsque le mélange des genres s’étend jusqu’à l’horreur.

Le couple d’acteurs principaux interprété par Doona Bae et Ha Jung-Woo, compose à merveille avec les différentes ambiances. Le film se conclue d’une manière juste, compréhensive et toujours avec ce soupçon d’ironie. Nous ne vous en raconterons pas davantage afin de vous pousser à aller le voir dés le 03 mai 2017. Pour nous, il s’agit en tout cas d’une belle découverte et d’un souvenir marquant.

Enfin, si vous êtes claustrophobes, rassurez-vous : l’intégralité du film ne se déroule pas à l’intérieur du tunnel !

N.B : « Tunnel » puise son inspiration dans « Le gouffre aux chimères » (1952) de Billy Wilder : le récit de Charles Tatum, un journaliste sans scrupules qui va exploiter l’histoire de Léo Minosa coincée au fond d’une galerie effondrée.

Florie Tribouiller – Thibaut Levacher

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